Récit, carnet de route: PAGE 3 • Voyage en 2CV
Novembre 1984 - Juin 1985
ChaBlues Family: Julie, Christiane et Roland


Indes / Népal - Suite de la page 2






Bénares (Varanasi):
petit descriptif: Varanasi (anciennement Bénares) est la ville la plus sainte pour l'hindouiste. Se baigner dans le Gange à Varanasi est censé purifier de tous les péchés et se faire incinérer sur les ghats permet de se libérer du cycle des réincarnations. Les hindoux pratiquants se doivent d'y aller au moins une fois dans leur vie, voir même d'y faire transporter leur corps pour y être incinéré. Ce serait l'une des plus vieilles villes du monde.

Les "ghats" si typiques de Bénares sont les marches qui plongent dans le fleuve et qui servent aux bains rituels des hindous. Certains ghats sont réservés à la crémation des morts. Il y a une centaine de ghats le long du Gange.

Aujourd'hui la ville est aussi connue pour sa soie, ses saris et ses sitar (sorte de longue guitare avec une demi courge comme caisse de résonance, que Ravi Shankar -originaire de Bénares- a fait découvrir au monde occidental dans les années 70).



Alors là ... c'est le top du top !!! Toutes les Indes sont à vos pieds. Cette ville dégage une atmosphère tout à fait particulière tellement la vie et la mort se côtoient à chaque coin de rues. Roland était déjà "tombé amoureux" de cette ville 4 ans auparavant, il la connaissait "comme sa poche" pour s'y être baladé de long en large de jour et de nuit, car ici la ville vit 24 s/24, et quelle effervescence ... il y a toujours quelque chose à faire ou à voir même si vous êtes insomniaque; ok, ça grouille et c'est bruyant (les odeurs en sus), mais quelle ambiance !

Comme le pense Roland: voir Bénares sans avoir vu le reste des Indes est suffisant pour se faire une idée du pays (des villes, des gens, des castes et de la religion hindoue) tant cette ville est représentative de toutes les traditions et autres "clichés" possible.


Plusieurs buts pour les Chablues: connaître la ville et s'en imprégner, acheter de la soie, des tissus et plein d'autres objets (pour Christiane). Roland avait déjà le projet de se faire construire un sitar sur mesure ainsi que de prendre des cours. Bref, il est déjà prévu que la famille allait s'y installer pour un bon moment (au final, plus d'un mois). Un emplacement légèrement en dehors du "brouahah" du centre ville est trouvé, près d'un hôtel sympa et tranquille. La "deuche" est installée comme une vraie maison.


Excellente pour la marche (peu ou pas de montées), la ville s'étale tout en longueur en suivant les ghats au bord du Gange. Durant ce mois à Bénares la famille a essayé de tout visiter à toutes heures de la journée: les ghats, les alignées de mendiants, les crémations, les temples, les shops et boutiques, les balades en barque sur le Gange, etc... Roland prends journalièrement ses cours de sitar (son sitar est bientôt prêt à charger sur le toit de la 2CV).

La maxime de Roland: "voir Bénares et mourir !" (son voeu ? que si il meure avant Christiane... qu'elle veuille bien transporter son corps ici pour y être incinéré -hum... voeu pieux, mais utopique-)


La montée au Népal: il faut continuer la route... C'est le coeur serré que les Chablues quittent Bénares, sitar sur le toit. Départ au lever du soleil, car il faut une bonne journée de voiture pour arriver à la frontière népalaise.

Coupure dans le récit: LE premier accident 2CV - humain ! ça devait arriver. Après quelques heures de route, au milieu d'un village, des gens traversent la rue (la 2CV est à l'arrêt), la plupart ayant traversés, Roland se dit "c'est bon j'y vais" et démarre; au même moment, un dernier piéton décide malgré tout de traverser, Roland klaxonne mais n'a pas le temps de freiner et c'est la collision, le piéton se retrouve couché sur le capot (on vous rassure, la "deuche n'a rien!). En apparence rien de grave, un peu de sang au visage... QUE FAIRE ? (Un ami suisse qui connaissait les Indes "par la route" nous avait prévenu: dans tout les cas, partez comme des voleurs, autrement c'est la prison assurée pour les étrangers qui n'y connaissent rien aux lois du pays). L'éthique a voulu le contraire: le "gaillard" (qui a eu plus de peur que de mal) a été transporté dans la 2CV (avec toute la diplomatie et les bons soins qu'a pu employer Christiane) dans un dispensaire croix-rouge du village. Malgré tout, la famille fonce pied au plancher sur la route Népal pour éviter les poursuivants éventuels...


Coupure dans le récit: au y'a t'il eu d'autres accidents ? Ben oui, justement, puisqu'on en parle: un cycliste "shooté" dans un talus sur la route de Mysore, une fois par terre le type en rigolait encore (les gens d'ici sont vraiment bizarres).
Plus bas dans le sud (plus grave pour la voiture, et indépendant de notre volonté) un bus, pour dépasser, nous pousse sur le bas-côté de la route (comme dans une foire d'auto tamponneuses). De retour sur la route, Roland s'énerve et poursuit le bus, et après maints essais, il l'arrête enfin; Roland prends la matraque (la seule arme de défense emportée) pénètre à l'intérieur et veut "casser la figure" au conducteur (pas très Peace and Love tout ça), mais plusieurs passagers s'interposent entre eux et protègent le conducteur. Roland las de la situation, voit qu'il n'arrivera à rien ainsi et laisse aller le bus. La voiture est abîmée sur le côté, un peu défoncée, mais rien de grave; plus de peur que de mal... C'était la séquence "Western tchapati".



Népal:
arrivée de nuit à la frontière, campement sur place. Il faudra attendre le lendemain matin pour se faire délivrer le visa d'un mois que vous accordent les autorités népalaises. Paperasses réglées... en route pour la capitale Katmandu (trajet de montagne sinueux).




Petit descriptif: le Népal se trouve dans l'Himalaya - "le toit du monde". Cette immense chaîne de montagnes vaut à elle seule le voyage. Mais le Népal, c'est bien plus que cela: un pays aux facettes multiples, où vivent des dizaines de peuplades, dotées chacune de son propre territoire, de sa propre langue, de ses propres usages et de ses propres vêtements traditionnels. Le Népal, le seul royaume hindou au monde, est régi par un gouvernement communiste. C'est un des pays les plus pauvres de la planète, un pays où le roi est sacré. C'est un pays où les femmes peuvent avoir plusieurs époux... mais n'ont pas voix au chapitre. Le yeti, par contre, y jouit du statut d'espèce protégée ! C'est un pays où l'Hindouisme et le Bouddhisme sont intimement mêlés sans qu'il paraisse, un pays où les gens sont répartis en castes et voient souvent la mort comme une occasion de progresser. Un pays où les vaches sont plus sacrées que les gens et où vous ne cheminerez jamais seul. Car le Népal est la demeure des dieux.

Bon à savoir: un peu comme à Goa, l'arrivées de voyageurs survint à la fin des années 1960 quand Kathmandu devint le terminus des voyages entrepris par les adeptes de la culture hippie.
Dans les années 1960 le gouvernement népalais décida de favoriser le tourisme de montagne (alpinisme et trekking) tout en en faisant une source directe de devises.






Katmandu: le peuple "Népali" est plus proche des "occidentaux". Quelle différence avec les Indes; en général les gens sont souriants et très accueillants. On trouve un choix et une qualité de nourriture "plus européenne": des gâteaux, du pain, du chocolat, du fromage, des mets moins épicés (pour les plaisirs de la bouche). N'oublions pas que nous sommes en 1985!
La ville en elle-même est plutôt une bourgade. Il n'y a pas de building, les maisons sont basses (les pièces aussi, les Népalis sont petits comme nos Appenzellois). On trouve plein de temples et de pagodes à tous les coins de rues; le plus touristique (donc le plus connu) est: Durbar Square.

La voiture est parquée en dehors du centre (mais pas si loin), dans le petit coin d'herbe de l'hôtel qui nous accueille. Elle ne bougera pas pendant tout le séjour dans cette ville, car ici les promenades sont nombreuses et se font surtout à pied: le centre ville Thamel et Durbar Square (le quartier touristique de la ville) la colline "aux singes" et stupa de Swayambunath; ou en vélo loué: Patan, Pashupatinath (site de pèlerinage hindouiste le plus important du Népal) et la stupa de Bodhnath.

Les Chablues font la connaissance d'une famille afghane expatriée qui ont un garçon de l'âge de Julie: Soliman. Les enfants "fraternisent", les parents aussi. Sympa.

Départ de Katmandu pour Pokhara: quelques 200 Km de route de montagne étroite et ardue. Une grosse journée de voiture avec un pilote bien concentré au volant (pour éviter de tomber dans un ravin).







Pokhara:
charmante cité blottie au bord d'un lac romantique (le lac Phewa Tal) et cernée de très hauts sommets (dont les Annapurna et le Machapuchre). Le cadre est exceptionnel: lieu de villégiature par excellence. On a vraiment l'impression de passer ses journées dans un théatre. Les Suisses ne sont pas dépaysés, on se croirait dans une petite station des Alpes valaisannes ou grisonnes au bord d'un lac.

A cette époque de l'année (mars), il n'y a pratiquement aucun touriste; la famille se retrouve pratiquement seule dans le camping de Pokhara. A citer: Pokhara est un départ obligé pour les fameux "trekking" (marche en montagne) à la mode.

Les journées passent en balades sur le lac et en marches. Repos et vacances et rien de spécial ... ah.. si, tout de même: Christiane réussit à casser la vitre avant de l'intérieur, en remettant un siège en place (la voiture rentrera en Suisse avec cette vitre fissurée). (!)


Retour aux Indes :
le visa népalais arrivant au bout, la décision est prise de quitter Pokhara pour la frontière indienne.

De retour à Bénares: ben oui, ils n'ont pu s'en empêcher, encore quelques jours dans cette ville pour finir de s'en imprégner.

De retour à Pushkar: un petit détour par cette bourgade du Rajhastan est aussi envisagé (au diable les kilomètres supplémentaires), pour se reposer et surtout faire divers achats de cadeaux (les Chablues avaient remarqués divers tissus, tentures et objets typiquement "Rajhastanais"qu'ils n'ont retrouvé nulle part ailleurs).

Agra: impossible de ne pas aller voir le Taj Mahal, même si c'est le "truc touristique", ce palais est l'une des seule merveille du monde encore debout et bien conservée. Dès lors pourquoi s'en priver ? A part le "Taj"? rien à voir à Agra, circulez !



Préparatifs du retour, Dehli: passage obligé dans la capitale, le visa pour l'Iran doit impérativement être demandé à l'ambassade Iranienne à Dehli (nb : l'Iran est toujours en guerre).

Roland gravement malade: quelques jours après l'arrivée à Delhi, Roland se sent très mal, les signes: fièvre forte (+ de 40 degrés), selles clairs, urine foncée. Diagnostic: une hépatite carabinée. Selon la médecine occidentale, rien à faire; il faut attendre que ça se calme. Les indigènes lui conseillent de voir un Ayurvédiste (l'Ayurvéda est une médecine traditionnelle hindoue vieille de 3'000 ans); diverses poudres "bizarres" lui sont prescrites à prendre 3 fois par jour pendant 3 semaines.

Le visa Iranien est délivré en 5 jours (incroyable ! il a fallu 3 mois pour l'obtenir en Suisse). La santé de Roland s'améliore un peu, par contre son poids diminue (au final 18 kilos perdus); le "grand départ" est programmé !






Le grand départ...
Sur le chemin du retour: c'est parti, le même parcours sera employé. Mais cette fois, ce sera Christiane qui prendra le volant jusqu'à la frontière du Pakistan. Dès l'Iran Roland en meilleure forme conduira. (Ne pas oublier que dans ces contrées musulmanes, une femme au volant c'est n'est pas habituel). On vous laisse les détails "routiniers et mécaniques" de côté jusqu'à la fin de la piste pakistannaise.

La boite à vitesse a pris un coup: sur la piste, une centaine de kilomètres avant la frontière Iranienne, la visibilité diminue car une petite tempête de sable s'est levée; la 2CV se plante dans une "gonfle" de sable, le seul moyen de s'en sortir est de faire un démarrage forcé en marche arrière, et CRAC... un bruit bizarre... vu la visibilité quasiment nulle, inutile d'analyser la panne. La voiture a l'air de fonctionner "plus ou moins", mais certaines vitesses n'entrent plus!

Le passage de la frontière Iranienne se passe mal: sous une forte tempête de sable, fouille complète, toutes les affaires sont déposées à même le sol; des jeux et des journaux sont confisqués, il est même question de scier la courge du sitar pour contrôler si de la drogue n'est pas cachée à l'intérieur. Après maintes discussions, les douaniers proposent à Roland le "deal" suivant: s'il arrive à prouver qu'il sait en jouer, le sitar ne sera pas ouvert ! Ouf... Roland fait quelques gammes, et le tour est joué... (Chrisitiane se vante d'être la seule femmme au monde à avoir entendu "un concert" de sitar dans une douane iranienne) le voyage peut donc continuer.

Sur la route de l'Iran: la boite à vitesse se dégrade, apparemment la marche arrière, la première et la troisième ne fonctionnent plus, reste la deuxième et la quatrième ! Malgré un arrêt dans un garage pour remettre de l'huile dans la boite et essayer de comprendre la panne, rien n'y fait.
2000 Km sont parcourus dans ces conditions et les bruits bizarres s'aggravent. Les Chablues se disent qu'il faut absolument arriver jusqu'à Téhéran. Là, ils devraient trouver des possibilités de transbordement jusqu'en Turquie (le visa n'est délivré que pour 5 jours, il faut donc rapidement sortir du pays).





Camion stop et Turquie
A la sortie de Téhéran: c'est terminé, la "deuche" n'avancera plus; la boite a serré... mais, oh miracle ! elle a réussi à sortir la famille de Téhéran et la mettre sur la bonne route (celle qui va en direction de la Turquie) avant de rendre l'âme.
Plus qu'une solution, puisque beaucoup de camions turques viennent livrer du matériel et rentrent à vide; il faut faire du "camion stop" pour sortir de l'Iran!
Aussi vite dit, aussi vite fait; Roland n'a pas beaucoup a attendre avant qu'un camionneur turc s'arrête, il ne parle ni français, ni anglais, mais il comprend la situation et donne son accord pour sortir les Chablues du pays en prenant la 2CV sur "son dos". En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la "deuche" est attachée sur le pont du camion et la famille invitée à prendre place à l'intérieur de la cabine, à côté de Mehmet notre "pilote".


Mehmet un gars "classe et super cool": les kilomètres passent, des liens se créent (preuve qu'il n'y a pas toujours besoin de parler pour s'entendre). Mehmet propose l'hospitalité aux Chablues en les emmenant dans son village, proche de Samsun (mer Noire). La frontière Iran - Turquie est passée avec quelques problèmes à cause de l'originalité du chargement (Mehmet explique la situation aux douaniers, il s'en sort avec peine, mais les douaniers iraniens acceptent de nous laisser passer). Après une journée de route ils arrivent dans le village de Mehmet.
En Turquie chez Mehmet: les Chablues sont accueillis comme des Princes par la famille de Mehmet, nourris et logés (chambre d'hôte). Quelle hospitalité !.




Réparation de "fortune": Mehmet propose de montrer la 2CV à des amis garagistes. Enfin la vérité sur la panne est connue: le carter de la boite à vitesse a été transpercé par le pignon de la marche arrière (le morceau cassé du carter est retrouvé au fond du châssis) un trou de 7 à 8 cm de diamètre a laissé échapper toute l'huile, raison pour laquelle la boite a finalement serré ! (tout de même, avouez que 2000 km sans huile dans la boite à vitesse, il faut le faire .... et vive la 2CV. Merci Citroen). Les garagistes du coin ne possèdent pas la bonne soudure (type "duralumin") pour réparer; il leur faudra une journée complète pour trouver les baguettes compatibles et faire les tests adéquats. Finalement le morceau est recollé, le plein d'huile effectué, la boite re-fonctionne; par contre les vitesses sont endommagées (la marche arrière, la première et la troisième) ne fonctionneront jamais plus. Tant pis pourvu qu'ça roule ! Roland sait qu'il n'aura aucune peine à trouver une boite d'occasion à Athènes.

Après une semaine passé chez Mehmet, il est temps de partir. Les Chablues proposent une certaine somme (200 $-US) pour défrayer Mehmet, sa famille et le garage... Mehmet se fâche "aussi sec"... ici l'hospitalité prime sur le business, pas moyen de discuter. Quelle classe ces gens! (Allez, on avoue... On a quand même réussi à déposer subrepticement un beau brocard dans la chambre avant de partir; et plus tard envoyé des tas de chocolats à Noël).





De Turquie en Grèce et retour en Suisse:
arrêt de quelques jours à Istambul et visite de la ville (ah... ce marché couvert. En plus à Istambul il y'a même une Migros !).

A Athènes: la famille grecque de Roland les hébergent le temps de raconter le voyage et de réparer la boîte. Roland et son oncle écumerons les décharges pendant deux jours avant de trouver le bon modèle (avec frein à disques et pas à tambour): Roland effectue le changement, tout fonctionne à nouveau "comme du neuf".
Les Chablues décident alors de se refaire une santé avant de rentrer en Suisse: ils quittent Athènes et s'en vont en direction de Pylos au sud du Péloponnèse pour deux semaines de camping sauvage au bord de la mer.

Grèce-Italie en bateau et fin du voyage: c'est fini, le retour en Suisse est entamé: bateau via Patras - Bari, puis autoroute jusqu'en Suisse.

Conclusion, comme dans la maxime (ou le poème): "heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage"


FIN
Note de fin, 20 ans après: pendant ce voyage, à part les photos comme souvenir; nous n'avions pas pris de notes ou tenu de carnet de route. Ce récit a été élaboré "de mémoire", car il nous a semblé bon de laisser quelques traces de ce "trip familial" peu commun.

Ce récit est dédicacé à Julie qui a fait ce voyage à l'âge de 2 ans avec ses parents, et qui, aujourd'hui en 2004 en a 22... Pour qu'elle se souvienne !

Et puis finalement, pour vous montrer "que la pomme n'est pas tombée si loin l'arbre", Julie, 17 ans après, a choisi les "hippies" pour son travail de maturité / baccalaureat. Ce travail est d'ailleurs visible sur le web, si cette épopée vous intéresse... Bonne visite!

Mars-Avril 2004, les Cha-Blues: Christiane et Roland


Mise à jour le: 23.1.2008 --Contact: Blues